Quotidien d’Art Contemporain

En 2015, Sergei Tcherepnine a rencontré une famille de dauphins en nageant sur le Lieu de Refuge, et ce fut le moment le plus magique de sa vie. Il a passé des jours à regarder le monde sous-marin et a pris des photos.

En 2018, Sergei s’est envolé pour la Nouvelle-Zélande pour observer les oiseaux. Il a parcouru toute la côte et sur une île qui est une réserve naturelle pour les oiseaux proches de l’extinction. Le Moa est déjà éteint, cet oiseau était proche du dinosaure, une sorte d’autruche, avec un long organe de trachée qui se termine en spirale dans la poitrine, et qui est devenu le point de départ de la forme d’une de ses sculptures. Le projet de sauvetage génétique basé sur cette île commence le processus de clonage de plusieurs espèces. Aujourd’hui, le Kokako est en danger et ils essaient de le sauver. Les chants des Kokako sont étudiés par les ornithologues; ils chantent toujours à deux, en couple, leurs chants sont toujours ensemble, des chansons d’amour qui définissent leur maison. Ces oiseaux ont l’un des taux les plus élevés de couples mâles-mâles. Sergei s’est intéressé à l’idée de cloner ces oiseaux pour les sauver, il voulait aller les enregistrer et les photographier. Il voyageait en Nouvelle-Zélande en essayant d’écouter le Kokako et périodiquement, vêtu d’un costume inspiré de ces oiseaux, portant un casque globe recouvert d’un tissu léger et d’une lumière placée par son cœur, il prenait des autoportraits dans leur nature.

Ces oiseaux sont si rares à trouver que c’était une recherche impossible. De retour à New York, il a contacté des chercheurs sur les oiseaux et a eu accès à quinze enregistrements de couples mâles-mâles. Les belles chansons mélancoliques de Kokako peuvent être entendues jusqu’à cinq kilomètres. Leurs chansons sont si précises dans la composition et dans le temps, qu’elles sont capables de rendre compte de la vitesse du son; une paire avec une séquence de trois minutes peut chanter ensemble parfaitement chronométrée même si elles sont à des kilomètres l’une de l’autre.

Sergei a rejoué les enregistrements des oiseaux sur son ordinateur, il a pris son synthétiseur modulaire Serge pour cloner leurs chansons, et pour la première fois, a commencé à chanter. En Nouvelle-Zélande, il a joué les vraies chansons et les clones, alors les clones sont devenus un écho, un double étrange. Il développe ici des versions de ces sculptures d’orgue. Formes sensibles au mouvement qui émettent des sons et des lumières vacillantes, y compris leur environnement, la position du corps, l’orientation du sonar, la circulation des chansons dans l’air et l’eau. Des relations définies par la distance, un rythme cardiaque qui s’accélère lorsque vous vous rapprochez. Chansons à travers les corps.

– Jeanne Graff

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